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La toponymie I: les secrets des noms de lieux

 Qu'est-ce que la toponymie? Tout simplement l'étude des noms de lieux du point de vue de leur origine, de leurs transformations et de leur signification. Et il est vrai que si l'on prend le temps de les regarder de plus près, ces noms nous apportent de nombreuses indications. Ils font parfois référence à un relief, c'est le cas de Caramany, à une plante, à une personne, à une activité humaine agricole ou artisanale.

Voici un simple relevé des toponymes de notre commune que j'ai essayé de "faire parler" essentiellement avec l'aide du travail d'A Vigo (voir sources). Mais les explications relèvent aussi parfois du bon sens ou de la mémoire orale. Merci donc de corriger les erreurs éventuelles et de m'aider à compléter cette étude qui comme celle des surnoms est un chantier ouvert qui ne demande qu'à s'enrichir.

1ère partie: Le village et la rivière

Les hommes ont organisé leur territoire à partir des deux éléments essentiels que sont le village et la rivière.

LE VILLAGE:

Rappelons tout d'abord que l'association Kar + magna, la pedra gran en catalan pour R Laura Portet, le grand rocher en français a donné Caramany ¹. Il suffit de regarder le village en venant du côté du barrage et de se promener dans ses rues pour comprendre.

Voyons ensuite les différents quartiers qui existaient, bien avant qu'à la demande des Postes et Télécommunications, nous entrions dans la modernité, à la fin des années 1980 en posant des plaques de maison et de rue.

A tout seigneur, tout honneur: le castell, le château, symbole du pouvoir seigneurial et bien campé en haut (justement) du grand rocher.

Le RecEn bas, servant de fossé naturel, le quartier du Rec; en occitan le rèc est le ruisseau. Comme la rivière(voir §B), le petit cours d'eau qui protège le château sur toute la face Est a un nom, le rec de la Teulière, mais puisque c'est celui qui concerne directement le village, c'est Le Rec.

Entre les deux, sur le côté Nord, on appelle la roche et les terrains en contrebas le Baus. Avant la mise en place d'un service de ramassage des ordures ménagères, c'était l'un des endroits où l'on jetait les déchets de toutes sortes. Or en occitan le bauç est le précipice et le verbe embauçar, encore utilisé au détour d'une conversation, signifie jeter dans le précipice. Au-delà de cet aspect pratique, c'était surtout une protection toute naturelle pour le château. Au dessus du Baus, une petite plateforme rocheuse accessible sous le chemin de ronde, porte le nom de "saut das cas", le saut des chiens. On comprend trop bien sa destination.

Le quartier du Rebelli englobe l'ancienne entrée du castrum, une imposante porte du XIIIèmesiècle, et longe, à partir de cette porte, l'enceinte fortifiée d'autrefois. La même appellation existe à Pézilla la rivière. D'après Jean Marc Naville, le Rebelli est bien, en catalan, l’espace situé entre le château et la porte d'entrée des murailles d'une ville.

Lorsque l'on monte de la rivière et que l'on arrive sur la plateforme où s'est développé le village, on trouve le Couillet ou Collet, que nous prenons le risque de traduire par petit col. Dans les villages de la Garrotxa, de l'autre côté de la frontière les circuits VTT ou de randonnée recèlent de nombreuses mentions de coll, collet, collada (col de montagne).

Cette appellation serait donc d'origine catalane et devrait s'écrire Collet.

Plus haut, sur un petit promontoire face au castrum, donc à l'écart du village ancien, la Borde ; la borda est en occitan, une bergerie de montagne.

Le XIXème siècle finissant, avec la construction de la RD2 a apporté les quartiers de la Route (approximativement de la fontaine du lion jusqu'à la sortie Est vers Bélesta), et le Contour à l'entrée Ouest, dont le nom seul est très évocateur.

Enfin évoquons les quartiers mentionnée dans l'étude de Jean Tosti "D'Ille et d'ailleurs" n°2 dont les noms ne se sont pas perpétués: el barri d'amont, el barri d'avall, el sarrat de las Bedoces. L'existence de ces nouveaux quartiers correspond à une période d'expansion du village au XVIIIème siècle: la population augmente, l'espace dans l'enceinte fortifiée est trop réduit, il faut construire à l'extérieur. C'est de cette période que doivent dater les rues du chemin d'Ille, du Rebelli, du Rec et celle qui a pris le nom de rue du presbytère et qui permettait d'occuper toute la partie ouest du grand rocher. Aucun indice, à l'heure actuelle ne permet de rattacher ces quartiers aux trois toponymes mentionnés plus haut. On peut toutefois dire qu'un barri est un quartier en catalan, comme en occitan; il est ensuite facilement compréhensible qu'il puisse être d'en haut, ou d'en bas. Quant au sarrat de las Bedoces, il nous indique quand même que ce quartier s'est développé sur un sarrat, petite montagne certainement un peu à l'écart, dont les propriétaires étaient les Bedos. Il doit correspondre à une partie haute du village actuel.

Il nous semble logique d'adjoindre à cette première partie, quatre toponymes qui ne sont pas des quartiers mais qui ont un rapport direct avec le village.

La BadeSur la rive droite de la Teulière, un promontoire rocheux surnommé la Bade surplombe le château. De là- haut, on domine la vallée et on aperçoit les châteaux de Trémoine et de Quéribus, ce qui ne devait pas être le cas d'une éventuelle sentinelle postée sur les remparts ou même sur une probable tour d'angle; or, dans une étude sur les tours à signaux , l'historienne Anny de Pous écrit: "Des postes de guet existaient sur des belvédères naturels et ne comportaient apparemment aucune construction. Ces vigies sont révélées par le toponyme bade qui s'est conservé particulièrement dans les Corbières Nord. "

Le rocher de la Bade correspond exactement à cette affirmation.

Au sud, lorsqu'on quitte le village par la rue de la Poste, on arrive sur le chemin de la Sale.

Difficile d'essayer un lien avec le sel. Aurait-on pris le contraire de propre, parce que là aussi tout près des dernières maisons, c'était la décharge des habitants du quartier ? Une hypothèse plus glorieuse peut être avancée grâce à l'étymologie. Du germanique, langue qui se mélange au latin au moment des invasions dites barbares, nous vient le mot saal qui signifie résidence seigneuriale. Il a ensuite donné le mot catalan sala, pièce de réception d'une grande demeure et salle en français; par extension la Sale ne signifierait-elle pas la propriété du seigneur, proche du château?

Plein sud sur une petite hauteur le Projet. Comme dans beaucoup de communes, dans les années 1960, le conseil municipal a pris la décision de mener à bien un grand projet d'adduction d'eau potable. Quel progrès d'avoir l'eau au robinet! Il fallait capter une source, la Dout, installer des canalisations et surtout construire un château d'eau. C'était un projet si important et peut-être si coûteux pour les finances de l'époque qu'il est devenu Le Projet, représenté par sa partie visible le château d'eau qui en a pris le nom. Je me souviens encore que tout petits, nous allions jouer aux cow boys et aux indiens "au Projet" qui faisait souvent office de Fort Apache.

La DaballadaSi vous montez à pied de la cave coopérative pour accéder au Couillet, vous emprunterez certainement un raccourci qui monte en pente rude. Il s'agit de la daballada en catalan, (occitan la davalada, même prononciation), la descente. C'est en fait le début de l'ancien sentier qui partait vers Saint Paul de Fenouillet et qui a été aménagé par la municipalité Gély-Fort pour relier le village au lavoir municipal, bien en contrebas du village, certes, mais idéalement placé pour récupérer l'eau du rec de Labécède, autre petit cours d'eau encerclant le grand rocher à l'ouest. C'était idéal pour remplir le lavoir d'une eau gratuite et abondante. Cela l'était moins pour les ménagères qui devaient remonter le linge mouillé et qui maudissaient cette daballada dont la pente était si pénible. Je vous laisse imaginer leur joie lorsque, grâce au Projet, l'eau courante est arrivée dans les habitations. Le lavoir a été peu à peu délaissé, il nous a quand même servi, à nous les enfants, pour quelques petites batailles navales avec des bateaux fabriqués ou les premiers jouets en plastique, puis il est devenu aire de pique nique et plus récemment local des chasseurs.

LA RIVIERE:

C'est ainsi qu'on l'a toujours appelée à Caramany. Il y a à peine quelques années, les jeunes allaient se baigner à la rivière, les pêcheurs connaissaient les meilleurs coins de la rivière et les chasseurs, lors des hivers rigoureux se mettaient à l'affût près de la rivière pour surprendre canards et bécasses.

Son nom est l'Agly. Est-elle la rivière des aigles? Un texte de 1262 ² évoque le "flumen aquilinus", le fleuve de l'aigle. Aquila est en effet l'aigle en latin, devenu àguila en catalan et aglo en occitan. Cela paraîtrait simple s'il n'y avait l'interrogation que suscite l'écriture La Gly (voir carte de Cassini), écriture qui figure également dans un texte de 1140 ² "de poder fer de la aigua de la gly dos molins".

Un toponyme directement lié à l'Agly, n'existe pas sur le cadastre: il s'agit de la Palanque. Des générations de jeunes sont descendues à la Palanque, lors des journées chaudes de l'été pour se baigner. En occitan comme en catalan, la palanca est une passerelle. Elle permettait de traverser la rivière pour accéder aux cultures placées sous le Coudala. D'abord en métal, surélevée à plusieurs mètres au dessus du cours d'eau mais sûrement emmenée par quelque crue, elle est devenue ensuite un passage à gué en ciment.

La PalalanqueComment ne pas évoquer ce toponyme original qui illustre bien l'importance qu'a toujours pris la rivière dans la vie de nos ancêtres: il s'agit de Delà (prononcer deilla) l'aïgo (cette orthographe est celle du cadastre : aiga, oc). Cette appellation englobe l'ensemble du territoire situé sur la rive gauche de l'Agly donc de l'autre côté de l'eau, par rapport au village bien sûr. L'eau, donc la rivière, était vécue comme une séparation entre les terres agricoles de la rive droite et de la rive gauche. Elle imposait des détours pour atteindre les points de franchissement comme la Palanca ou le Pont rose. C'est d'autant plus vrai aujourd'hui puisque la rivière est devenue un superbe lac de 140 hectares qui s'étire de Cassagnes à Ansignan, traversant d'un bout à l'autre, sur près de 6 kilomètres, le territoire de Caramany.

Le Pont rose, lui non plus n'a jamais eu l'honneur de figurer sur le cadastre. C'est le nom de baptême que lui ont donné les générations du XXèmesiècle. Né et mis en service en 1894 pour remplacer l'ancien pont emporté par les crues de 1892, il a été construit de manière très solide avec les roches du lieu dit la Maybrière, que notre chauvinisme qualifie de marbre alors que pour les géologues, ce n'en est pas vraiment. En tout cas, paré de rose sur toutes "ses coutures" il fut naturellement surnommé le Pont rose.

Le pont roseLes fouilles archéologiques provoquées par la construction du barrage de Caramany ont prouvé qu'il était implanté sur un lieu de passage privilégié. Quelques centaines de mètres en amont a été mise au jour par Alain Vignaud la célèbre sépulture néolithique du Camp del ginèbre; légèrement en aval se trouvaient un champ d'urnes de l'âge du bronze, un peu plus loin des traces d'habitat néolithique et les ruines d'une villa romaine. Enfin, de part et d'autre, les seigneurs de Caramany possédaient terres, champs ,moulins et cortals (bergeries). Le Pont rose a été au grand regret des Carmagnols une victime du barrage. L'année de ses 100 ans, en 1994, il a été démantelé et l'eau a recouvert peu à peu ses restes³. A la demande de la municipalité d'alors, une partie des pierres de taille a pu être récupérée et reconvertie dans des aménagements urbains, dans la grand rue, la fontaine du lion, l'extérieur de la cave coopérative, qui permettent au Pont rose de servir encore les descendants de ceux qui l'avaient construit.

 Notes:

  1. Pour avoir plus d'informations, vous pouvez lire le texte "Caramany, Karamanh, Caramaing …et les autres" dans la rubrique histoire.
  2. Ce texte est cité dans une étude intitulée "l'Agly", réalisée par le professeur Henri Salvayre et ses élèves en juin 1972.
  3. La plaquette réalisée à cette occasion est présentée dans la revue de presse:1993

Sources:

  • cadastre communal
  • archives communales
  • "Toponymie de la vallée de l'Agly et des Fenouillèdes"par André Vigo, publié dans CERCA n°11 année1961
  • "Almanach étymologique des noms de villages en pays catalan" Conseil général des Pyrénées orientales - 2009
  • "Toponimia rossellonesa" de Renada Laura-Portet
  • "L'Agly" H Salvayre et ses élèves - juin 1972
  • "Les tours à signaux" A de Pous - Conflent n° 106 – 1980
  • "D'Ille et d'ailleurs" n°2 avril 1986 - Jean Tosti, collège d'Ille sur Têt
  • "Autrefois des hommes" – J. Abelanet 1992
  • Lexilogos – panOccitan.org, le dictionnaire occitan-français
  • Lexilogos – freelang.com dictionnaire catalan
  • Lexilogos – gencat.cat le dictionnaire de la Generalitat de Catalunya
  • "Toponymie du pays d’Oc ", J Serbat, conseiller pédagogique d’Occitan – Tarn et Garonne
  • Et la mémoire orale des vignerons du village : René Grieu, Francis Caillens, Ghislaine Bascou

Photos:

        1 le Rec, 2 le roc de la Bade, 3 la daballada, en 2011 Bernard Caillens

        4: Baignade  à la palanque dans les années 1990, Philippe Garcelon

        5: Le pont rose en 1992, Bernard Caillens