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La Fabrique de 1700 à 1736 (deuxième partie)

 Les bilans des recettes comportent essentiellement des versements à ce fameux coffre obligatoire. Charles Fabre utilise les formules suivantes : les marguiliers ont mis dans le coffre, c'est toujours pour la première opération de l'année, puis simplement ont mis dans le coffre et enfin un montant sans explication, trente sols par exemple. De temps en temps, comme le 22 septembre 1706, on peut lire « ont mis de la caisse dans le coffre. » La gestion du coffre est donc sous la responsabilité des marguilliers qui, lors de la passation, doivent en remettre le contenu à leurs successeurs. Ils en détiennent sûrement la clé. Mais sûrement pour des raisons pratiques, le curé qui ne voit pas les marguilliers tous les jours, gère au quotidien une caisse. Les espèces qui lui sont remises par les débiteurs de la fabrique passent donc dans la caisse puis sont remises aux marguilliers qui en valident la rentrée en les mettant au coffre.

Heureusement, il y a parfois des précisions qui permettent de se faire une idée sur la provenance de ces espèces. On pense tout de suite aux quêtes. C'est une ressource importante en particulier lors des grandes fêtes, mais c'est loin d'être la seule. Rentrons un peu dans les détails. 

Les recettes en 1723

Les quêtes lors des offices

Celle de la Saint-Étienne, le saint-patron de l'église qui se fête le lendemain de Noël, est répertoriée plusieurs fois. Le 1er de l'an 1706, est mise au coffre «  la quête de la fête de Saint Étienne » pour un montant de 7 livres 14 sols 6 deniers.

Le 6 janvier 1709, le versement se monte à 10 livres 13 sols et il est précisé  « quête du jour de Saint Étienne et de ce qu'ils ont amassé pendant les fêtes ». Ce sont des sommes importantes qui en une seule rentrée, cumulent les fêtes de Noël et de la Saint Étienne, comme le prouvent les budgets suivants. En 1711, il est question « des fêtes », en 1713 « de la quête et du pain de la fête locale et autres suivantes » ; plus tard on trouve la « quête des fêtes de noël » (1723), « la quête de la fête de Saint Étienne et de l'église » (1733). Plusieurs indications prouvent qu'on pratiquait à l'occasion de la fête locale la tradition du pain bénit. A tour de rôle, les paroissiens offraient leur pain qui était béni par le prêtre, puis, à la fin de la messe distribué aux fidèles. Cette tradition a perduré jusque dans les années 1990. Lors de la fête de la société de secours mutuel, le 4 septembre, des morceaux de fougasse bénis étaient distribués à la fin de l'office. Mais dans les années 1700, ce pain constituait aussi une recette pour la fabrique. Celle du pain étant différente de celle de la quête, comme le montre le bilan 1713, on peut penser qu'après la distribution, un certain volume de pain était encore disponible et revendu aux paroissiens. Le 2 février 1725 est noté un versement de 3 livres 4 sols correspondant au « pain qui fut donné à la fête locale », en 1734 est mentionné « le pain de la fête » pour 5 livres et en 1736 « le pain béni et la quête de la noël » pour 6 livres. 

Les quêtes en nature 

A ce système de quête lors des cérémonies qui a subsisté jusqu'à nos jours, s'ajoutaient à l’époque, les quêtes en nature remises aux marguilliers ou à leurs fermiers. C'est ainsi que l'on trouve pratiquement chaque année dans la liste des recettes la quête de la laine, du grain et de la migere, un mot absent de tous les dictionnaires sur lequel je vais revenir. La fabrique a besoin des revenus car, en plus de permettre l'organisation des cérémonies, elle a aussi en charge l’entretien de la nef et les indemnités des éventuels auxiliaires du curé, vicaire, bedeau, sacristain,etc. Les paroissiens paient déjà un impôt bien connu, la dîme, à l'autorité ecclésiastique, en l’occurrence le chapitre de saint Paul de Fenouillet qui, en contrepartie, a en charge l'indemnité du desservant, appelée la portion congrue, et, en ce qui concerne l'édifice, l’entretien uniquement du chœur. Il semble donc que la fabrique ait mis en place sur le principe de la dîme un système de collecte plus ou moins volontaire, pour assumer ses obligations. Ainsi au moment de la tonte des moutons, elle recueille une partie de la laine ; au moment des récoltes c'est un pourcentage de grain et pendant les vendanges, c'est une comporte de raisins (voir plus loin les fermages) qui est mise de côté pour l'église. Tous ces produits sont ensuite revendus, aux artisans par exemple qui, pris par leur métier, n'ont pas ou très peu de terres à cultiver.

« Le 6 avril 1706, les marguiliers ont commencé à bailler le vin de l’œuvre au munier1 qui a promis de prendre tout le tonneau à quatre livres quinze sols chargé et en a pris aujourd'hui trois migeres qui montent à 28 sols 6 deniers et a baillé un écu de trente six sols »

D'autres exemples heureusement plus simples que celui-ci, car il n'est pas toujours facile de suivre les raisonnements mathématiques de notre bon curé, existent avec le maçon et le cordonnier, mais avant de les découvrir, il convient de revenir sur les unités de mesure employées à ce moment là, avec tous les risques d'erreurs que cela comporte, vu la complexité des usages locaux et des quotients entre les unités et leurs subdivisions.

unité de mesure pour le grainCharles Fabre évoque régulièrement la quête de la migere. Or ce mot est une unité de mesure utilisée pour le vin et une sous unité de la charge. Problème, la charge n'est pas la même à Latour, dont la paroisse de Caramaing est proche, à Saint Paul de Fenouillet dont elle dépend sur le plan religieux avec le chapitre et à Caudiès de Fenouillèdes dont elle dépend administrativement avec la viguerie. Pour avoir un ordre de grandeur la charge de Latour équivaut à 123,472 litres et la migère correspond à 1/10 soit 12,3472 litres ; de plus, la migère se divise en feuillettes. Après avoir parcouru plusieurs fois les pages de recettes, j'ai acquis la conviction que la quête de la migère n'est ni plus ni moins que la quête de vin ou de raisins. Notre curé comptable utilise à deux reprises l'expression quête du vin et précise mais uniquement dans les legs que les migeres sont bien des migeres de vin.

L'année 1729 illustre bien tous les propos ci-dessus :

« le 11 7bre 1729 mis dans le coffre vint et sept sols de la migere... 1L 7s

plus le 22e 8bre de la caisse mis dans le coffre cinq livres et demi... 5L 10s

plus le 1er Xbre les quatre migeres de vin léguées par antoine pelegri et six autres que les marguiliers ont quêté/ vendu à cinq livres la charge et trois feuillettes... 5L 3s

(ici le curé fait un lapsus entre la feuillette sous-multiple de la migère et le sol sous-multiple de la livre)

plus pr la quête de la laine 5L 4 s

plus tiré de la caisse … 8L 10s

plus le 15e janvr 1730 de la migere 2L 3s 3d

plus de la caisse au coffre 0L 19s

plus de la quête du grain 8L 16s

plus le 2e d'avril de la migere 1L 6 s

plus le 23 avril de la caisse au coffre six livres et demi...6L 10s

le même jour Michel Alquier a payé trente sols du pain qu'il avait pris à la fête locale qui montait trois livres partant. reste autres trente sols … 1L 10s

a payé le 8 may … 1L 10 s

plus de la migere le 25e may … 1L 8s

plus de la caisse au coffre le 29e may ...5L 12s »

Cela représente un total de 55 livres 9 sols à mettre en correspondance avec les dépenses de la même année, 36 livres 1 sol.

Pour stocker ce qui est appelé le vin de l’œuvre ou de l'église, la fabrique a d'ailleurs fait l’acquisition d'un tonneau de deux charges et demi. Cette dépense apparaît dans les comptes de l'année 1702 et donne une idée du volume qu'il est possible de recueillir, environ 250 litres. 

Autre mesure utilisée : la cartière, c'est un mesure pour les grains ; elle est souvent complétée de coupes, sûrement une sous mesure dont on ne trouve aucune référence.

« plus le 24e (d'avril 1706) une cartière de blé quarante sols » Et là encore nous avons le choix entre la quartière de Latour, 21,60 litres et celle de Caudiès ou Saint Paul, 21,86 litres.

Pour l'exemple suivant, je me suis permis de découper les groupes de mots car il ne semblait guère y avoir de règles à l'époque pour la ponctuation et les majuscules, ce qui ne facilite pas la lecture des longues tirades.

« du 4 9bre 1731/ six cartières et sept coupes de la queste du grain/ à six livres et cinq sols le cestier/ monte à dix livres quinze sols/ livré à Estienne Ensaly et Baltazar Rollan qui ont baillé 6 livres »

Et oui, ce serait trop simple si notre bon curé n'utilisait pas aussi à plusieurs reprises le cestier :

« 1707 : plus de la quête du grain un cestier trois coupes a trois livres le cestier monte six livres onze sols 9 deniers vendu à Jean Fages ».

Le setier en ancien Français en plus d'être une mesure pour les superficies et les liquides est bien « une mesure de grain et des matières sèches dont la valeur dépend du lieu et de la matière mesurée, 120 litres environ pour le blé à Paris ». Il est donc à peu près six fois supérieur à la quartière.

Et ce n'est pas tout, car Monsieur le recteur a employé deux autres mots qui ne sont pas cette fois-ci des unités et qui ont la particularité de n'appartenir ni au vocabulaire français même ancien, ni au vocabulaire occitan, ni au vocabulaire catalan. Autant dire qu'ils n’appartiennent qu'à la langue orale locale pour ne pas dire carmagnole. Avec beaucoup de prudence et surtout en étant disposé à étudier toute autre interprétation, j'ai essayé d'en trouver le sens.

Le premier n'a pas d'écriture définie ; en quatre citations, on découvre quatre orthographes différentes : rahounat, rahoun, rahon, rehon.

« 1702, plus pr trois cartières de rahounat/ monte trois livres sept sols six deniers »

« 1704, plus pr deux cartières et deux coupes de rahoun/ a vint huit sols la cartière/ monte trois livres trois sols »

« 1706, 20 janvier deux cartieres et deux coupes et demi de rahon »

« 1707, trois cartiers et trois coupes de rahon/ trois livres neuf sols »

« 1710, plus le 22 7bre/ pr un cestier de rehon amassé de la quête » 

Il ne fait aucun doute que c'est le produit d'une quête et qu'il s'agit de grain ou de matières sèches compte-tenu des unités employées, les cartières. Nous avons vu que les trois grandes quêtes annuelles sont la laine, le vin et le grain.. Or en reprenant les années les unes après les autres, je me suis aperçu que figurent sur les bilans soit une référence au grain amassé, soit une référence au rahon, jamais les deux la même année. De plus, les volumes recueillis sont quasiment identiques, toujours autour de 5 à 7 cartières et quelques coupes. D'autre part, le blé est le seul grain clairement identifié et c'est toujours les mêmes années que le rahoun. Enfin les curés Molenat et Cuguillière qui ont aussi participé à la tenue du registre ne parlent que du grain. Comme ce n'est la traduction ni du blé, cité quelques fois, ni de l'orge, ni du seigle, qui sont les céréales cultivées en Fenouillèdes à cette époque, j'en déduisais que ce rahon devait être la traduction locale d'un mélange de graines. Le tableau des céréales dominantes établi par les auteurs du livre Meuniers et moulins en Fenouillèdes fait apparaître dans quelques zones la présence du méteil que le dictionnaire de l'Académie française définit comme « froment et seigle mêlés ensemble. » Les dictionnaires catalan ou occitan restant toujours muets sur ce mot de rahon, c'est le précieux ouvrage Fenouillèdes diocèse d'Alet, d'Albert Bayrou qui apporta enfin la solution ; dans le chapitre documents page 213, figure en latin un inventaire des revenus de certaines paroisses. Et pour « de Pizinello » (Pézilla) on peut litre « item de arraone duo sesteria et eminam» Arraone serait donc un mot latin que A. Bayrou traduit par arraou (méteil) mélange de blé et seigle. Pour parler de sa quête du grain, Charles Fabre emploie donc un mot très ancien qui confirme que faute de terres riches rendant possible la culture du blé, nos agriculteurs carmagnols se sont tournés vers le méteil qui donne une farine de moins bonne qualité.

Le deuxième mot ne figure qu'une fois : il s'agit de peignoure.

« plus le 24e d'avril 1706 … et vint sols d'une peignoure à la rouyre. » Les Carmagnols savent que la Rouïre est un lieu-dit sur la rive droite de l'Agly, en aval du cimetière, Pour comprendre le mot peignoure, il faut savoir que lors de la revente de ses produits, la fabrique accordait des facilités de paiement : en plusieurs versements, en nature... Les exemples sont nombreux comme nous allons le voir dans les chapitres suivants. La langue catalane possède un mot qui se prononce de la même façon, penyora, qui signifie gage. Il est donc possible qu'un débiteur de la fabrique ait mis une de ses terres ou une partie en gage pour honorer ses dettes. Dans ce cas là, le mot peignoure ne serait que la forme francisée d'un mot utilisé par les voisins catalans et qui auraient franchi la frontière de Bélesta. Les interrelations entres langues voisines se faisaient couramment dans un sens comme dans l'autre.

Pour être tout à fait complet sur les pratiques commerciales de la fabrique, il faut ajouter qu'en 1703 et 1707, elle a aussi vendu du miel, don certainement d'un paroissien et preuve que la tradition apicole dont il est question dans le livre d'Auguste Taillefer publié en 1891 sous le titre le département des Pyrénées orientales est fort ancienne.2 

La presse : 

Fabre curéNous avons vu dans le chapitre dépenses que la fabrique possédait un pressoir qui nécessitait de l'entretien. C'était encore le cas en 1715. « Le 29 décembre, les presseurs ont baillé vint trois sols d'où on a distrait cinq sols pour un fer que le maréchal 3 a mis à la presse ». Ces 23 sols venaient compléter les 5 livres 2 sols et 9 deniers qui avaient été remis le 1er novembre. Car la presse, en plus de nous montrer que la vigne était déjà bien présente sur le territoire de la paroisse, était d'un bon rapport et assurait comme les quêtes un revenu annuel. Tous les ans, lors des vendanges qui se tenaient en octobre, les petits propriétaires l'utilisaient et disposaient d'un délai pour honorer leur dû, puisque les revenus de cette prestation étaient inscrits souvent fin décembre, voire début janvier. Comme toute production agricole, la récolte du vin est soumise aux aléas climatiques, ce qui peut expliquer la différence de rapport d'une année sur l'autre. En 1720, la presse permet de récolter 15 livres six sols, c'est la plus grosse somme relevée sur la période. Autre constatation, dans les années 1710, le revenu est proche de 8 livres, alors que dans la décennie suivante, il varie plutôt de 10 à 15 livres, d'où l'hypothèse que la surface cultivée en vigne croît lentement. 

Les fermages : 

Plusieurs bilans annuels montrent clairement que la fabrique était en droit de passer des contrats pour affermer ses prestations. Cela est le cas pour le fonctionnement de la presse. Il est logique de penser que les marguilliers, dont la fonction est bénévole, ne pouvaient se rendre disponibles tout le temps des vendanges et qu'il était donc plus facile pour eux de confier la gestion de la prestation à un fermier qui jouait ainsi le rôle de receveur.

On peut lire  le 28 octobre 1708 « ont mis dans le coffre trois livres de la presure de vin en quoi elle avait été affermée l'année passée... » ; en octobre 1706 « plus pour la migere trois livres quinze sols en quoi elle avait été affermée pour la p(rése)nte année » ; le 11 novembre 1705 « trente huit sols six deniers que Marc Alquier fermier de la semal pour l’œuvre l'année passée a payé et reste encore six sols six deniers ». La semal, c'est la comporte en Occitan. Il semble donc que les vignerons fassent don d'une comporte mais est-ce à chaque utilisation du pressoir collectif ou sur l'ensemble de la récolte ? La presse apporte donc à la Fabrique deux sortes de recettes : d'une part le montant du fermage en faisant payer aux vignerons le droit de presser leur récolte, d'autre part, la quête des semals qui permet de mettre à la vente chaque année une petite quantité de vin à ceux qui n'en ont pas. 

Les ventes de matériel 

Nous avons vu dans la liasse des dépenses qu'avaient été vendues des clochettes cassées, le laiton d'une vieille lampe. Le 1er mai 1706, rentrent en caisse 45 sols « de commencement de paye d'une porte et serrure de la vieille église qui a été vendue à l’incant à 4 livres 5 sols à Pierre Joulia dit Conté ». Cette information n'est pas anodine car les preuves d'existence, même s'il n'y a plus de doutes, de l'ancienne église ne sont pas nombreuses. Elle nous confirme que la vieille église n'est plus en service et nous apprend qu'elle appartient à la Fabrique qui se débarrasse de tout ce qui peut avoir une valeur marchande. Les Carmagnols se contentent de leur église sur le rocher et ne souhaitent pas ou ne peuvent pas maintenir en état le monument primitif que nous ne connaîtrons donc jamais. 

Les legs : 

Dans la période comprise entre 1712 et 1735, il est question de six legs, ce qui n'est pas négligeable pour une paroisse comme Caramaing.

En 1712, Charles Fabre note : « plus vint sols d'un legat que feu françois Benet a laissé à l'église et que son héritier a payé le 1er 8bre. »

En 1723, apparaît pour la première fois la mention de la famille Pelegri : « de la caisse au cofre remis le 11 avril 1723, dix livres dix sous y compris le montant de quatre migeres de vin payés par les héritiers d'antoine pelegry. » L'année suivante, nous avons plus de détails : « le 15e 8bre, de six migeres de vin que les marguiliers avaient reçu des hrs de feu antoine Pelegri pr le legat qu'il a laissé a l’œuvre de l'eglise pandant trente ans, quatre migeres par an... »4

Il sera à nouveau question de ce legs en 1729 avec dix migeres fournies, en 1730 avec huit migeres vendues au maçon Ramon Gouzi à trois livres la charge, puis en 1732 , 1733 et 1734, le vin étant acheté par le cordonnier Paul Graselle.

En 1725, est évoqué le legs d’Étienne Joulia, qui pourtant est antérieur à 1666 et qui concerne un dourg d'huile annuel accordé à perpétuité. Cet exemple montre les difficultés pour l’œuvre d'obtenir des versements réguliers et ce d'autant plus que les générations se succèdent. En effet, ce legs n'est jamais repris de 1701 à 1725, par contre les années suivantes il est question de paiement des arrérages précédents : « plus le 1 de fevrier 1726, les marguiliers ont reçu des hér(itie)rs d'Estienne Joulia un carton d'huile qu'il avait légué à l'eglise, plus ont reçu de Pierre Joulia Bastier d'Ilhe, un dourg d'huile p(ou)r sa portion du legat de feu son grand-père qu'il a laissé a l'eglise, plus le 17 février 1726, ont reçu de la veuve de Ramon Joulia pour le legat susdit trente sept livres d'huile et se trouve que les dits ont payé la vente courante p(ou)r 1725 et les autres arrérages et ont avance p(ou)r 1726 six livres et un quart d'huile. »

L'année 1726 mentionne aussi le legs de Jean Viguié, apparemment un peu plus simple, il s'agit de trois migères de vin, mais pour l'anecdote c'est le légataire lui-même qui commence à s'acquitter de son legs. « plus ont reçu les marguiliers de Jean Viguié dit jusquet, une migere de vin qu’il a voulu payer par avance de trois qu'il donne par testament ».

legs Bichere 1728En 1728, l’œuvre reçoit un demi dourg d'huile légué par un de ses anciens marguilliers Etienne Bichère : « plus le 2 de mars demi dourg d'huile qu'estienne Bichere a légué par son testament a l'eglise et un autre demi dourg pour l'année prochaine. »

Enfin, on découvre en 1733 le legs Richard : « le 16 janvier 1733, François Richard a payé un carton d'huile que son père a légué à l’œuvre de l'eglise pendant 10 ans/ un carton chaque année/ et il a payé pour la première année qui est la présente 1733 ». Le 30 octobre 1733 et le 30 janvier 1735, François Richard s’acquittera à nouveau d'un carton.

Ces legs montrent l'importance de l'huile pour le fonctionnement de l'église, trois sur six concernent ce précieux liquide. D'autre part cinq familles sur six font partie de celles qui fournissent des marguilliers, ce qui montre leur attachement à la paroisse et les liens de confiance créés avec le curé en place.

Cette tradition se poursuivra puisque dame Angélique Joulia veuve Vaysse par testament en date du 18 octobre 1864 léguera tous ses meubles et immeubles à la fabrique. C'est cette somme qui permettra vingt ans plus tard de lancer les travaux de rénovation et d'agrandissement de l'église pour en faire l'édifice actuel. 

Les autres recettes 

Les dons : « Le 30e de mars 1714, mis dans la caisse trois livres qui ont este donnés à l’œuvre par Jean Joulia »

Les amendes : Le 22 octobre 1706, Pierre Gély a été taxé de 30 sols « pour avoir été trouvé vendre du vin pendant les offices ». Le 4 octobre 1711, 5 livres ont été récupérées pour une amende appliquée, sans plus de précision.

Les biens propres : Les fabriques pouvaient légalement posséder des biens. Les produits vendus par celle de Caramaing semblent plutôt provenir des quêtes en nature. Toutefois un indice pourrait suggérer qu'elle possède un petit bout de terre. Le 8 octobre 1714, Charles Fabre a noté trente sols « du jardin ». Il ne faut pas en tirer de conclusion trop hâtive car cette expression n’apparaît qu'une fois en 35 ans. L'événement est donc ponctuel. Monsieur le curé dispose peut-être d'un jardin, appartenant ou non à la fabrique, et cette année là il a vendu à l'un de se paroissiens un surplus de production.

Des dépenses très maîtrisées, des recettes croissantes, dues en partie à l’augmentation de la population et peut-être à l'amélioration des pratiques agricoles et donc des rendements, les comptes de la fabrique se portent plutôt bien. L'actif, de 40 livres en 1701, passe la barre de la centaine dès 1714 et est déjà, en 1721, de 155 livres 9 sols et 9 deniers. 

Les chiffres du recteur Charles Fabre ne nous donnent pas qu'un aperçu de la vie économique du village. Ils sont aussi le reflet de l'importance de la vie religieuse dans un siècle où l’Église autant que la nature rythme la vie des Carmagnols. Avant d'être sujets du Roi ou de leur seigneur, ils sont membres de la paroisse, la circonscription religieuse de base, sur laquelle s’appuient le pouvoir et l’administration.

Paysans et artisans, durs à la tâche, ils contribuent donc avec plus ou moins d'implication et de conviction à faire vivre, au moyen de la fabrique, l'église de leur village.

 Notes:

  1.  Il s'agit d'Estienne Estacet qui apparaît dans un acte de baptême en tant que parrain le 3 juillet 1697.
  2. relire l'article un produit local...exquis publié en 2010 dans la rubrique Environnement.
  3.  Les registres paroissiaux font état du décès à l'âge de 85 ans, de Pierre Foussat, maréchal à forge, le 11 avril 1740. Il est donc possible qu'il, s'agisse de lui ou de son fils Joseph qui a pris la suite.
  4. La vendange 1724 a dû être bonne puisque les héritiers d'Antoine Pelegri s'acquittent des 4 migères pour l'année et deux supplémentaires, qui sont soit un rattrapage de l'année 1723, soit une avance pour l'année suivante. 

Sources:

  • archives départementales registre 9NUM32EDT3_4, pages 127 à 152
  • Clercs et laïcs dans les paroisses, publié dans le n°65 janvier-février 2014, du magazine Nos ancêtres
  • La religion, sacrements , prières quotidiennes, vie paroissiale... du XVI au XIX siècle – Revue française de Généalogie et d'Histoire des familles
  • Une collégiale de confins : Saint Paul de Fenouillet par Gilbert Larquier, publié dans Le paysage rural et ses acteurs aux Presses universitaires de Perpignan 1995
  • Pour les mesures anciennes, site jeantosti.com – Cartes postales du Roussillon/musée de l'agriculture catalane/les mesures anciennes dans les PO ;
  • encyclopédie wikipédia pour les fêtes religieuses et les unités de monnaie.
  • dictionnaire ancien français, dictionnaire vivant de la langue française (DVLF)
  • dictionnaire Lo Congrès, permanent de la lenga occitana
  • Diccionari de la Llengua catalana 

Photos : 

1 et miniature Les recettes de l'année 1923 (page 146)

2 Unité de mesure à grains du XVIII e siècle - site de la Fédération des moulins de France

3 signature du curé Charles Fabre

4 Le legs d'Estienne Bichere en 1728 (page 149)