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Et si Caramany s'était d'abord appelé Casas?

 

 Le rocher à cupulesDéjà fréquenté à l’âge du Bronze, environ 2000 ans avant notre ère, le site de l’Horto est réoccupé à partir du 1er siècle av. J.C., délaissé quelque temps pour être réinvesti à la fin du 1er siècle ap. J.C. Les fouilles ont livré peu de vestiges de cette époque mais elles permettent d’identifier la présence de petites exploitations rurales rudimentaires, disséminées sur la terrasse au centre de laquelle trône un immense rocher blanc. A partir du VIIIe siècle, des inhumations ont été réalisées autour de ce rocher pour constituer petit à petit un cimetière2. Bien plus tard, dans la deuxième moitié du Xe siècle, une église a été construite au sud de la terrasse, très près du ravin del Tourou. On sait d’après des documents plus tardifs3 qu’elle a été placée sous le vocable de saint Étienne, premier martyr. Cette église était entourée d’un enclos circulaire qui comprenait un nouveau cimetière et peut-être, sur le système des celleras, des petites constructions pour mettre les récoltes sous la protection divine. Au fil du temps, les habitations se sont rapprochées de l’enclos et ont donné naissance au village primitif qui est devenu une paroisse sous le nom de Casas.

Les grands bouleversements autour de l'an 1000

L’an 1000 constitue une période charnière pour cette petite parcelle de territoire. C’est à cette période que se met en place toute une organisation administrative basée sur le système féodal. La haute vallée de l’Agly est incluse dans un territoire qui prendra le titre de vicomté avec comme siège du pouvoir le château Saint-Pierre de Fenouillet.

BesalùOn trouve enfin mention d’un vicomte en Fenouillèdes le 22 février 1000 avec Petrus qui souscrit à la charte de donation du monastère de Saint-Paul-de-Fenouillet à Cuxa, puis   en 1017,  Petroni vicecomitis Fenoliotensis dans l’acte de donation qui fonde l’évêché de Besalú.

Car ce vicomte Pere (Pierre en catalan) est lui-même vassal d’un puissant comte, Bernat Tallaferro qui gouverne un vaste domaine qui s’étend de Besalú avec Ripoll au sud,  jusqu’au Fenouillèdes avec le Perapertusès au nord.

Les quelques habitants de la terrasse de l’Horto n’avaient certainement jamais entendu parler du vicomte de Fenouillet ou du comte de Besalú. Mais l’inverse était-elle vraie ?

Bernat Tallaferro avait à cœur, on comprend aisément pourquoi, d’avoir un évêché dans son fief. Il fait même le déplacement jusqu’à Rome pour l’obtenir du pape Benoît VIII. Une fois sa requête agréée, il effectue les donations promises pour assurer l’existence matérielle du titulaire de la chaire épiscopale. Les églises sont regroupées par secteurs géographiques. Y figurent l’église Saint-Just de Lansac et la villa d’Annes avec sa paroisse Sainte-Marie et l’église Saint-Etienne de Casas, avec ses revenus : dîmes, prémices (les premiers fruits des récoltes) et oblations (offrandes).

Cette dernière est à nouveau mentionnée dans le testament du comte, publié en octobre 1020, quelques jours après son décès par noyade alors qu’il traversait le Rhône. Il partage ses biens et l’un de ses fils prénommé Hug hérite de la villa4 et de la paroisse de Casas et d’autres alleux5 à Jonquerolles (Bélesta), Caladroi, Cassagnes, Campoussy ainsi qu’à Tudelas et Envis, deux sites disparus.

Saint-Etienne de Casas pourrait se situer à l’Horto.

Des quatre églises Saint-Étienne du Fenouillèdes, trois sont identifiées avec certitude : Saint-Étienne de Derc, église primitive de Lesquerde proche de l’Agly, Saint-Étienne d’Entrerrius qui se trouvait sur la commune actuelle du Vivier et Saint-Étienne de Campoussy. Seule Saint-Étienne de Casas n’a jamais été localisée, excepté que d’après les deux documents comtaux, elle est proche de Lansac, de Cassagnes, de Bélesta et de Annes, lieu-dit toujours inconnu, mais qui pourrait se situer sur le territoire de Montalba, d’après monsieur Labadie Savy.

Le site de Casas avec son église Saint-Étienne ne serait autre que le petit village de l’Horto. D’ailleurs, un autre historien local, aujourd’hui disparu, l’abbé Albert Cazes, situait cette église   dans les environs de Cassagnes, sans plus de précision.

Après avoir appartenu à l’éphémère évêché de Besalú qui disparaît dès 1021, l’église de Casas est rattachée à l’archidiaconé du Fenouillèdes, lui-même inclus dans l’archidiocèse de Narbonne.  C’est d’ailleurs sur un document de l’archevêque de Narbonne, daté de 1177, que figure pour la dernière fois le toponyme de Casas et l’on va assez vite voir apparaître celui de Caramanno.

Le Grand Rocher.

Casas et le grand rocherC’est au cours du XIe ou du XIIe siècles que le vicomte de Fenouillet a accordé en fief à l’un de ses milites (homme d’armes ou chevalier) la paroisse de Casas. Les premiers objectifs d’un seigneur étant de montrer son pouvoir et d’assurer la défense de son fief, celui-ci installe une première fortification sur le promontoire qui domine au sud Casas et qui a pour nom Caramany. Ce toponyme, qui se prononce [karmagn], peut se traduire par la roche grande ou grand rocher.

D’après les archéologues qui ont fouillé le site de l’Horto, c’est dans la deuxième partie du XIIIe siècle que les villageois abandonnent leurs habitations et viennent s’installer autour de la demeure du seigneur. Les   archives nationales disposent d’un rapport de notaire commandité par le roi de France, Philippe VI qui prouve qu’en 1305 le village est bien constitué autour de son château et protégé par un rempart.6 C’est un castrum où l’on pénètre par la porte du Rebelli et qui appartient au chevalier Ponç de Caramany, exilé en Roussillon et au service du roi de Majorque Jaume II.

 Notes:

  1. Je remercie très chaleureusement monsieur Labadie Savy que j’ai rencontré à Caramany, le 9 octobre 2021, lors   d’une visite guidée organisée à la demande des archives départementales. Les résultats   définitifs de ses travaux ont été d’abord présentés à Bélesta le 5 novembre 2022 dans le cadre d’une journée d’hommage à l’ historienne Anny de Pous organisée par la Société Agricole Scientifique et Littéraire des PO (SASL), puis publiés dans la revue de cette association.
  2. Les archéologues l’ont d’ailleurs appelé « cimetière du rocher ».
  3. En 1356, un boucher d’Ille, Guillem Ferre lègue 5 livres à Saint-Etienne de Queromagno.
  4. A l’époque carolingienne, une villa est un domaine rural appartenant à un grand propriétaire.
  5. Un alleu est un bien héréditaire en droit féodal.
  6. Dénombrement de feux de localités rurales : Axat et Caramany en Fenouillèdes (novembre 1306).Traduction par Clément Lenoble (Institut d’enseignement et de recherche technique, Université du Maine) publié en 2008 dans http://sourcesmedievales.unblog.fr

Sources:

  • CAILLENS Bernard, Caramany, mon village au fil de l’eau, Ed les Presses littéraires 2025
  • LABADIE SAVY Renaud, Le site de l’Horto à Caramany et Saint-Etienne de Casas dans l’évêché de Besalú au tournant de l’an mil, SASL 2022
  • PASSARIUS Olivier, MISTRETTA VERFAILLIE Camille, LAMBERT Sylvain, Les nécropoles de l’Horto. Base de loisirs du Fenouillèdes. RFO fouille archéologique préventive, Service archéologique Départemental des P O, DRAC Occitanie, 2021

Photos:

1- Le rocher à cupules point central du cimetière carolingien dit "du rocher". Cliché de Gérard Bergès réalisé lors des journées portes ouvertes en 2018.

2; La ville de Besalù et son fameux pont; siège du comté de Bernat Tallefero. Office de tourisme, Besalù

3: L'église primitive et les vestiges du village. Rapport defouilles sous la direction d'O.Passarius

4: Casas à l'Horto et Caramnno sur le grand rocher. Illustration  de Marie Occhi dans l'ouvrage Caramany mon village au fil de l''eau, page 43