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Jean Bascou (2ème partie)

 

 Le chemin vers le front :

Alors qu'il termine sa lettre, il apprend qu'il va être envoyé à Marseille dans un régiment colonial de marche, une nouvelle qui n'augure rien de bon mais dont il va constamment essayer de diminuer la portée vis à vis des siens. Tout va très vite, le 14 il est dans le train, le 15 il est à Marseille, le 16 on lui distribue un nouvel uniforme, celui de l'infanterie coloniale. Dans les jours qui suivent il fait état à la fois d'entraînements intensifs mais aussi de bons moments passés dans la ville en compagnie d'amis catalans. Il a appris que deux Carmagnols sont casernés dans la région, le fils de Jules Calvet, Augustin, qui est à Cassis et Émile Vignaud. Nous savons maintenant que tous les trois seront emportés dans la tourmente.

Le courrier du 28 février est quasiment l'annonce du drame qui va arriver : « Il paraît que nous partons lundi soir à 11h pour une destination inconnue mais qui hélas n'est que trop connue. Donc ne m’écris plus, attends que je t'ai donné ma nouvelle adresse... Si j’ai un regret à exprimer, c'est de partir sans avoir pu encore un fois vous serrer dans mes bras. » Et il essaie encore de rassurer : « Nous n’avons pas trop à nous plaindre jusqu'ici, puisque après six mois de guerre, je suis encore sain et sauf. Ayons tous du courage et Dieu nous permettra de nous retrouver après avoir fait chacun notre devoir... »

Le 1er mars, il annonce son départ pour la zone des armées. Un périple de trois jours en train, en passant par Lyon et Sens d'où il envoie des cartes postales, le mènera dans la nuit du 4 au 5 mars aux Islettes (département de la Meuse) où il passe la nuit dans une grange.

Dès le lendemain, il transmet à sa femme sa nouvelle adresse ; « J.B sergent au 33 ème d'Infanterie coloniale, 16 ème compagnie, secteur 9 » Il prend son service en Argonne dans les tranchées.

La guerre de position décrite par Jean Bascou

Dans les tranchées« … nous sommes dans des baraques recouvertes de branchages et de terre. Ce soir je dormirai sous le bruit et le tintamarre qui éclate sans cesser ni le jour, ni la nuit. »

Les lettres suivantes évoquent ce que nous ne connaissons que trop de la guerre dite de position :

  • le froid, « … nous restons tapis dans nos baraques où brûle continuellement un bon feu, car sans cela nous aurions très froid ... »,

  • la boue « … dès qu'on met les pieds dehors, on est crottés jusqu'aux genoux. »,

  • le bruit incessant « On entend jour et nuit le bruit des canons et des coups de fusil... »,

  • les attaques « Les Prussiens n'ont jamais pu avancer ici, car nos positions sont bien défendues. ».

Le 11 mars, c'est la première montée en première ligne, à quelques mètres des Allemands. En tant que sergent responsable d'une demi section, Jean Bascou a des responsabilités particulières, surtout tenir les sentinelles en éveil lors des périodes de trois heures à garder la tranchée. Il fait également part à sa femme de quelques attaques les jours suivants et minimise les risques qu'il court, n'indiquant pas, par exemple, que sa compagnie a eu des tués le 14 mars.

Son courrier du 16 est révélateur de ce souci permanent, mais l'on peut avoir des doutes, compte tenu des détails qu'il donne, sur l'effet escompté sur sa famille :

« Je t'écris ma lettre dans le poste le plus avancé, car ma section s'y trouve et doit y rester jusqu'à midi, nous sommes à environ 80 mètres des Prussiens, leurs balles viennent s'écraser avec un bruit sec sur le rebord de terre qui se trouve devant le fossé que nous occupons. Mais nous avons pour nous protéger en plus de nos fusils, une mitrailleuse sur notre droite et une sur notre gauche, et si les Allemands tentaient un attaque contre nous, tous tomberaient à terre avant de nous tomber dessus. En plus de cela notre artillerie se trouve en arrière et nous protège de ses feux ; tu vois donc par ce rapide exposé que nous sommes en complète sécurité... »

Durant ces journées difficiles, Françoise Solère fait tout pour soutenir le moral de son mari. Elle qui n'est pas très à l'aise avec l’écriture, s'efforce de répondre presque chaque jour aux lettres de Jean ou alors elle fait écrire le petit Henri ; elle envoie de nombreux colis en ayant soin de mettre tout ce qui est demandé, mais aussi des petites intentions, des amandes sucrées, les premiers brins de mimosa choisis par la petite Paule, tout ce qui peut rattacher Jean à son village.

Le front de Champagne :

François PujolLe 3 avril, le 33 ème colonial quitte l’Argonne pour rejoindre le front de Champagne. D'abord cantonné dans un village, Jean Bascou profite du jour de Pâques pour entendre la messe. « Aussi c'est avec satisfaction que j'ai prié pour vous, sachant que dans ma maison aimée de Caramany, vous en faisiez autant. »

Au cours de ce printemps, il recevra de mauvaise nouvelles : la mort au combat de son demi frère et filleul Louis Bascou, la blessure légère de son frère Paul, début mai le décès de François Pujol qui fait suite à celui de Fortuné, le gendre de Casimir Caillens, à celui de Pierre Barrière dont on a dit la messe le 13 avril. Au milieu de ses propres misères, il aura des pensées pour le village et les familles endeuillées « Caramany est de plus en plus éprouvé. C'est vraiment pitoyable. Quand verrons nous la fin de cette hécatombe de jeunes et fortes vies ? Si la guerre dure encore longtemps, il n'y aura pas une seule famille qui ne soit plus ou moins éprouvée, c'est affreux quand on y pense... » . Mais un autre sujet d'inquiétude va alors arriver. Le 6 mai, Françoise fait part d'un temps « très humide depuis plusieurs jours ». En fait, le printemps va être plus que pluvieux rendant même impossible certains jours, d'entrer dans les vignes. Le mildiou va se développer au point de détruire la totalité de la future récolte sur certaines parcelles. La correspondance de Jean et de Françoise sera désormais marquée par ce danger qui va mettre à mal les finances de toute une population déjà touchée par la guerre.

Au front, Jean Bascou parle de monotonie et de lassitude. «  C'est un va et vient incessant, six jours aux tranchées et six jours au repos. »

Le 31 mai, le régiment tout entier est transporté par camions à l'arrière près de Courtisols dans la Marne. C'est ce qu'indique le journal de marche du 33ème. Jean Bascou parle plutôt de la proximité du village de l'Epine. « Hier soir après la soupe, avec quelques camarades, j'ai visité l'église de la localité qui est très belle, c'est un superbe monument, c'est le sanctuaire d'une vierge, très fréquenté, qui a donné la guérison à beaucoup de malades. »

Quelque chose se prépare :

Durant cette période de calme, il annonce sa nomination au grade d'adjudant, une promotion qui aurait dû lui valoir une mutation, mais les hommes de sa section ont demandé au capitaine de garder le nouvel adjudant avec eux ; une requête que Jean a accueilli, on pense bien, avec beaucoup de plaisir, car elle était la preuve de la considération que ses subordonnés avaient pour lui .

Il signale souvent au cours de cette période qu’il a beaucoup de travail, sans jamais exprimer sa pensée vis à vis de ce travail. « Nous venons de recevoir un troisième bataillon, notre 33 ème se trouve donc à effectif complet. »

« On nous a pris 10 escouades avec leur caporal et on nous en a remises autant mais composées d'hommes plus jeunes. »

Ce serait faire offense à Jean Bascou de penser qu'il n'ait pas envisagé de voir dans ces préparatifs le signe que quelque chose se préparait ? Et en fait, ce n'est pas que le 33ème régiment qui était réorganisé mais toute la division d'infanterie coloniale, la 10ème, à laquelle il appartenait. Le 20 mai 1915, cette division était placée sous le commandement du général Marchand et rattachée au 2ème corps d'armée colonial, lui même inclus dans la IV armée.

Des veilles dans un secteur dangereux.

Les tranchées de BeauséjourLe 18 juin, le premier bataillon du 33ème, celui de Jean Bascou, fait mouvement vers Somme Tourbe, le 21 il est dans les tranchées de Beauséjour où les deux armées se livrent des combats acharnés depuis plusieurs mois. « Sur un plateau où subsistent les ruines d'une ferme, un labyrinthe inextricable de tranchées et de boyaux : c'est le fortin de Beauséjour » Voilà la description du lieu que l'on trouve dans le Journal de Marche du 142ème régiment d'infanterie. C'est aussi là que sont tombés Fortuné Berdagué du 53ème RI en mars et François Pujol du 142ème RI en avril. Et Jean Bascou le sait, au moins pour son cousin François ; on peut imaginer son état d'esprit à ce moment là. Il écrit le 23 : 

« Avec la chaleur qu'il fait, on est très mal sans la moindre ombre dans un terrain très sec ; tu ne seras pas étonnée si je regrette les frais ombrages de Caramany, avec ses sources d'eaux gazouillantes et limpides et dont la diffusion dans le territoire de la commune en font un vrai jardin. Je regrette aussi ses primeurs et nos fruits savoureux et dont la qualité est si appréciée dans tous les environs. Je regrette nos champs, nos jardins, nos vignes, nos terres incultes, les amis, tous ceux avec qui nous entretenions des relations les plus cordiales. Aussi quel jour béni sera celui qui me permettra de retrouver tout cela et de vous revoir à tous pour qui j'ai tant d'amour. »

L'alternance en première ligne puis en deuxième ligne recommence. Le secteur est très dangereux. Le jour, 28 juin, où il signale qu'il est à un poste d’écoute à 15 mètres des Allemands, sa propre compagnie enregistre un tué et quatre blessés.

Ce n'est que le 1er juillet, en révélant qu' il va être renvoyé à l’arrière aux environs du camp de Chalon sur Marne qu'il avoue : « Je ne regretterai nullement le secteur que nous venons de quitter, il n'était pas bien tranquille, c'est assurément un des plus mauvais du front. »

(A suivre)

Photos:

1: Ruines de la ferme de Beauséjour en 1917: trouvée sur le forum pages 14 -18

2: plaque sur la tombe de François Pujol au cimetière. Philippe Garcelon

3: Les tranchées de Beauséjour, wikipédia.