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Les métiers en 1900

  Ils apparaissent de deux manières dans le livre de comptes d'Antoine Molins: soit ils sont identifiés en haut de la page à côté du patronyme, par exemple Delonca Louis Hôtel, soit on les devine en fonction du travail fourni, par exemple Baptiste Fabre, « Reçu façon 4 matelas».

le folio de Louis Delonca 

Un village de cultivateurs, propriétaires et journaliers: 

L'économie du village étant essentiellement agricole, les chefs de famille sont en majorité des paysans, qualifiés dans les registres d'état civil de cultivateur et parfois de propriétaire.

En tant que propriétaire important par ailleurs accaparé par son commerce, Antoine Molins avait de nombreuses journées à proposer à ses concitoyens. Les travaux réalisés pour son compte permettent d'avoir un aperçu de sa situation. Pour les vignes, il est fait mention de terres au Chemin d'Ille, à Ginouarde, à l'Arnouade (lieu actuellement inconnu sur le cadastre) à la Bade, à Llinas, au pont et à l'abreuvoir, et même à Montalba où il disposait d'un cortal puisqu'il y a fait des réparations en mars 1904. Il faisait aussi cultiver des oliviers et ses jardins potagers. On connaît le petit jardin situé tout près de la maison, au bout de l'impasse du Rébelli mais ce n'était certainement pas le seul. Il possédait un immeuble au Couillet et disposait au moins d'une écurie pour son cheval et d'un cortal pour ses chèvres.

Plutôt que de disposer d'ouvriers à temps plein, la politique d'Antoine Molins était de proposer du travail à un maximum de chefs de famille qui pouvaient ainsi, ne l'oublions pas, utiliser leur salaire dans son commerce. C'est en tout cas ce que l'on constate pour les travaux de la vigne; pour d'autres tâches demandant des compétences plus spécifiques comme les travaux dans les jardins, les oliveraies, les travaux d'après vendanges ou les labours, il semble disposer d'hommes de confiance que l'on pourrait qualifier d'ouvriers spécialisés. 

Les journaliers préposés aux travaux de la vigne: 

Rares sont les pages où on ne relève pas la mention « Reçu une journée » ou « une demi journée ». Parfois il n'y pas plus de précision, mais assez souvent figure le type de travail effectué et on peut faire l'inventaire de l'ensemble des travaux que réclament les terres en fonction des saisons.

J'ai pu relever: tailler, labourer, repasser, faire des trous, piocher, piqueter, greffer, attacher, sulfater, asperger, soufrer.

Très rarement, ce qui les rend précieuses, une troisième indication est rajoutée. La journée peut être qualifiée de forte ou petite ce qui a des conséquences directes sur la paye. En 1900, une journée est payée 2,50 F, mais la journée forte, par exemple pour sulfater, est payée 3,00 F 1, la journée petite est fonction du nombre d'heures réalisées.

On relève quelquefois journée femme suivie ou non de sarmenter mais on peut raisonnablement penser que c'est cette tâche qui était confiée aux dames, puisque cela se passe toujours dans les mois d'hiver, de novembre à mars. Une journée femme était rémunérée 1,50 F. 2 Même tarif pour une journée jeune.3

Mais l'indication peut être aussi d'ordre météorologique: c'est ainsi que l'on peut affirmer qu'il a fait mauvais le 15 avril 1904, Antoine Pujol n'a été payé que 2,25 F car le temps a dérangé, qu'il a plu le 9 juin 1904 car Clément Gély n'a même pas pu faire une demi journée (la pluie a dérangé,1 F), qu'il a plu encore le 30 avril 1906 mais un peu moins, puisque la journée a été comptée 2,35 F à Baptiste Fabre.

Voici maintenant la liste des chefs de familles qui participaient à l'exploitation du vignoble Molins: Baillette Mathilde, Barrière Lucien, Bedos Pascali, Bobo Antoine, Caillens Martin, Calvet Joseph refilat, Calvet Pierre pistoulet, Calvet Pierre gendre Joulia, Dabat Jean, Dabat Joseph, Delonca Benjamin, Delonca Edmond, Delonca Joseph rabot, Estève Eugène, Fabre Baptiste, Fortuny Etienne, Foussat Charles, Foussat Pierre, Gély Auguste, Gély Clément ou Clémenceau, Gély Joseph, Gély Baptiste fort, Gillard Alphonse, Guillemal Joseph, Guillemal Marcel, Hubert Baptistou, Lacourt Justin, Lacourt Marie materou, Lacourt Olivier, Laforgue Adélaîde, Laforgue François et fils, VveLajou Mariotte, Montferrand Pierre, Pons Céline, Pratx Pierre, Vve Prats Mélie, Pujol Antoine, Renaud Napoléon, Sabrazès Jean Pierre, Saly Joseph boubé, Saly Paul boubé, Sola Adelaïde et Joseph, Vaysse Joseph époux Calvet, Vaysse Michel. 

Une population de travailleurs agricoles

Les ouvriers préposés aux vendanges: 

Curieusement, le terme de « vendanges » n'apparaît que très peu dans le registre, mais toutes les journées recensées chaque année en octobre peuvent laisser supposer qu'elles étaient utilisées à la cueillette des raisins, comme celle qui est clairement notée le 11 octobre 1909 pour Caillens Martin, chevrier: cueillir à l'Arnouade ou pour Edmond Delonca en septembre-octobre 1909 Reçu travail vendanger.

Les travaux de cave sont au contraire plus précis. On trouve deux fois fouler les comportes mais surtout pressurer, couler, soutirer, faire piquette et au mois d'avril entonner.

Pour le pressurage, l'ouvrier était nourri, la journée n'étant alors payé que 2 F, le repas étant donc estimé à 0,50 F. Par contre, les heures supplémentaires étaient prises en compte. Voici le relevé du folio 187 de Clémenceau Gély, novembre 1903: Reçu une journée couler nourri 2,00, le soir Veille jusqu'à une heure du matin, 1,50.

Sont employés après les vendanges: Edmond Delonca, Joseph Delonca rabot, Auguste Gély, Clémenceau Gély, Baptiste Fabre, Antoine Hubert, Pierre Roger, Paul Saly boubé et Antoine Tresseres. 

Les ouvriers agricoles "spécialisés"

Antoine Molins ne confie ses jardins qu'à un nombre restreint de journaliers. De 1899 à 1903, Paul Roger intervient par exemple pour planter les poireaux (24 juin 1899) puis on trouve Baptiste Fabre, en 1902 et 1903, Antoine Tresseres de 1904 à 1911 qui donne même un coup de mai, en avril 1910, pour un travail au cortal des chèvres et au bureau. Clémenceau Gély, surtout employé à la vigne, a travaillé ponctuellement au jardin. Le 27 juin 1903, c'est unique dans le registre, l'horaire est indiqué, de 4h à 8h, soit une demi-journée à 1,25 F. L'heure peut paraître matinale mais nous sommes à l'heure solaire, au solstice d'été et il convient de profiter de la fraîcheur du matin.

Pour les oliviers, je n'ai trouvé que deux noms: Alphonse Gillard chargé de leur taille le 22 novembre 1900 4, et Jean Pierre Sabrazès en 1904. Ce dernier était sûrement considéré comme un bon tailleur, compte tenu du nombre de ses journées où l'on relève tailler la vigne.

Enfin Antoine Molins confie son cheval à Antoine Pujol puisque sur ses fiches apparaissent de nombreuses journées de labour, mais il s'occupe aussi de la tonte du cheval (19 novembre 1905), des visites au maréchal-ferrant (novembre 1905) de la récolte de fourrage (à Sournia, le 22 juin 1909), de décharger le foin ou de faire débourrer l'animal.

Il faisait de plus, office de commissionnaire; on peut lire très souvent voyage à Ille une journée 2,50 F  ou voyage à Perpignan, 6 F, car cela prenait deux jours. D'autres destinations sont également indiquées: Montalba, Pézilla, Le Vivier. Tous ces voyages étaient certainement en rapport autant avec l'expédition de vin et le ravitaillement en foin qu'avec les achats et ventes du magasin. 

Les artisans: 

En bon commerçant qui se respecte, Antoine Molins prenait certainement le soin de faire travailler la plupart des artisans de la commune, mais en ayant ses préférences.

les maçons:

Thomas Alberic refait un plafond les 15 et 16 avril 1908 et fournit un autre travail les 2,3,4 et 5 mars 1909. A noter que le tarif journalier du maçon est plus élevé que celui du brassier, il est de quatre francs.

Pierre Calvet pistolet intervient pour de gros travaux du 24 avril au 10 mai 1901 (15 journées) puis en juin 1901. Il semble aussi être un fournisseur assez régulier de lapins; aurait-il été une bonne gâchette, et son surnom a t-il un lien avec ce savoir-faire?

Edmond Delonca, le plus sollicité, a été embauché en 1901 sur la même période que Pierre Calvet mais sur 21 journées. En avril et septembre 1902, il a refait des murailles puis une citerne, ce sont là des travaux directement liés à l'exploitation agricole d'Antoine Molins. Il réalise des travaux relativement importants en mai-juin 1904 (20 journées ¾), en novembre 1906, en février (12 journées ½) puis juin (9 journées) 1907. En 1908, du 11 au 17 septembre, il est payé pour 6 journées mais reçoit également 3 journées de manoeuvre, certainement pour son fils; en septembre 1909 , il a encore 9 journées comptées. En janvier 1912, il répare le cortal (7 journées ½). Pratiquement chaque année et en juillet, il a une ou deux journées pour blanchir.La maison Molins était grande. Détail intéressant, du 22 au 29 octobre 1909, il est chargé de blanchir le local Poste. La famille Molins venait d'acquérir en effet un immeuble sur la grand rue actuelle et le louait ou allait le louer (il faudra vérifier) à la municipalité pour abriter le service des PTT, tant attendu.

Malgré toutes ces commandes, Edmond Delonca ne vivait pas que de son métier de maçon, il se louait aussi avec ses fils, Antoine et Baptistin, pour le travail de la vigne, il effectuait des voyages à Ille ou à Saint Paul et fournissait à la famille Molins des pommes de terre, des figues ou des pêches.

Un autre maçon, Joseph Solas, qui est devenu Sola au troisième folio, a travaillé avec les précédents du 24 avril au 15 mai 1901, ce devait être un gros chantier. Il en a effectué un autre du 14 novembre au 20 décembre 1906 (30 journées ¼) chantier qui a dû se poursuivre du 7 au 17 janvier 1907. Le 5 janvier 1908, il a aidé Edmond Delonca à paver l'écurie et a travaillé le 3 avril 1910 au cortal du bureau. Est-ce une dépendance du magasin?

le menuisier: Il s'agit de Jean Sire. Le 6 mai 1900, il fournit deux échelles pour l'étalage; en août, il a un Avoir de deux cents francs, ce qui représente une grosse somme. Il fait de temps en temps des petite réparations, étagère de la remise, porte de l'écurie; il s'occupe régulièrement des carreaux pour la devanture et la lanterne qui doivent être fragiles parce qu'il faut les changer souvent. La lanterne sert sûrement à éclairer le devant du magasin le soir et en hiver. N'oublions pas que l'électricité n'est pas encore là et que la nuit Caramany est plongé dans le noir.

Le 8 décembre 1900, Jean Sire a facturé trente francs la fourniture d'un cercueil, c'était aussi le travail du menuisier.

le folio de Jean Sire

le maréchal-ferrant: Ses fiches portent la mention Dabat Jean maréchal. Le 27 avril 1902 Antoine Molins a noté Avoir sa note de travail avec aiguisage compte jusqu'au 30 octobre 1902. 40,90. Il devait donc avoir une sorte de contrat annuel pour l'entretien et l'aiguisage des outils, socs de charrue, pioches, bêches, etc..

le cordonnier: C'est François Foussat. Les échanges avec le commerçant Molins n'étaient pas très nombreux puisqu'une seule page a suffi, de 1902 à 1909, pour noter ses avoirs qui, à chaque fois, annule exactement les petits crédits qu'il avait demandés. Le 1er janvier 1907, par exemple, le ressemelage des souliers d'Aubin, (6 F) permet à François Foussat d'acheter un pantalon velours (6 F); sa fiche ne mentionne donc que quatre reçus pour ressemelage, Aubin et Gabriel, deux des fils Molins et la fourniture d'une paire de souliers à Aubin en avril 1902.

le matelassier: Sur les pages de Baptiste Fabre qui est aussi employé, comme nous l'avons vu, à la vigne, pour les vendanges et au jardin, on trouve régulièrement Reçu façon 2 matelas: 2,50. Ce travail est fait tous les ans en juillet, en tout cas de 1899 à 1911, pour deux, trois ou quatre matelas.5 Baptiste Fabre apparaît vraiment comme un homme de confiance qui seconde Antoine Molins dans de nombreuses tâches, on lui confie même un travail sur les tombes de la famille (15 mai 1901 reçu une journée cimetière) et il aide au magasin lorsque le besoin s'en fait sentir,(15 octobre 1910 ¾ journée environ au magasin).

le rempailleur de chaises: Pascali Bédos se voit confier le rempaillage ou la réparation des chaises du foyer; on est frappé par la modicité des sommes demandées: 22 septembre 1903 Reçu réparer chaise 0,35 ou 23 décembre 1906 Reçu raccommodage de 3 chaises 1,80 ou 5 juillet 1908 Reçu rempailler petite chaise 0,60. Il devait être difficile à notre rempailleur de vivre de son métier et il accomplissait donc plusieurs journées dans les vignes.

l'étameur: Auguste Gély était l'étameur en 1899. Dès 1900 Clément ou Clémenceau Gély, plusieurs fois cités, lui succède, comme l'attestent les reçus du 6 août 1900 Reçu étamage 0,90 ou du 24 juillet 1901 reçu étamage 2,85.

l'instituteurle bourrelier: Le folio 134, Montferrand Pierre, porte la mention Avoir sa note bourrelier 13, en date du 15 avril 1903; même chose en mars 1904, février 1905, mai 1906 où la note est importante 95,00 F, janvier 1910, 1911, 1912 et mai 1913. Comme pour le maréchal-ferrant, Antoine Molins faisait entretenir régulièrement le harnachement de son cheval et son attelage.

la couturière brodeuse: sur le folio 222 de Roger Paul, on peut lire le 15 novembre 1904 Reçu broderie service de table 22 initiales 14F00. Comme lui même reçoit des avoirs de journalier pour la vigne et le jardin, cette commande est à destination de madame Roger dont le prénom est absent. Elle réalise aussi en 1906 une robe pour Antoinette, brode 4 cravates flanelle, confectionne une salopete (sic) et une chemise ainsi que des tabliers pour Maximin et Antoinette. décembre 1907 Reçu façon 2 tabliers Max. et Aette 2,00 .

la couturière: A partir de juin 1907, sont commandés à Françoise Sabrazès ou Auriol Sabrazès selon les folios, des travaux de couture. Elle semble avoir pris la suite de madame Roger.: 9 juin 1907 Reçu façon tablier Antoinette 1,00, 25 septembre 1907 Reçu une1/2 journée couture 0,75, soit l'équivalent d'une journée femme à la vigne. On trouve aussi des reçus pour des chemises, des mouchoirs (septembre 1907), une robe Antoinette, 2 robes écossais la veille de Noël, le 24 décembre 1908, un jupon un corsage. Le 31 décembre 1911, la note de couture s'élève à 38,55 F. Il semble qu'aucun travail de broderie ne lui ait été confié, dans cette période là en tout cas.

le tailleur: Le folio 368, indique à côté du nom de Pierre Calvet, tailleur, mais aucun travail ne lui a été commandé. L'année précédente, en 1909, il a reçu en gage trois journées d'homme et une journée de labourer. Ses achats de 1910 semblent confirmer sa profession: pans de coutil, de toile coton, de toile matelas, de tissu chemise. A ne pas confondre avec son homonyme Pierre Calvet pistolet le maçon.

le tailleur de pierres: En mai 1904, Antoine Molins a passé commande auprès de Jean Vigneaud (sic) d'une marche en marbre pour le Couillet, (5 F) puis en juillet 1906 d'une dalle pont remise torrent (15 F) et enfin 2 seuils de marbre pour la porte d'entrée, pour une somme de 14 F et 3 ardoises fenêtre pour la somme de 21 F, le 7 décembre 1906. Ce même Jean Vigneaud fournira du ciment (27 janvier 1907) et 120 tuiles le 8 août de la même année.

le tonnelier: Le folio 233 appartenant à Rosez Léonard m'a posé quelque problème; on y trouve à quatre reprises Avoir sa note de travail sans plus de précisions, la première mention datant de mai 1906. C'est un extrait du célèbre annuaire du commerce Didot-Bottin de 1912 qui est venu éclairer ma lanterne: parmi les professions inventoriées, on peut lire «  tonnelier Rozès L » . L'un ou l'autre des documents ne place pas le z au bon endroit, mais cela ne peut être que la même personne.6 Antoine Molins était producteur et expéditeur de vins, rien d'étonnant à ce qu'il achète ou tout simplement fasse entretenir ses tonneaux. 

Les commerçants: 

l'hôtelier: C'est Louis Delonca qui tient cet office. Il est client de l'épicerie Molins essentiellement pour l'huile, le sel, le frommage (c'est souvent écrit ainsi), les bougies, le pétrole, le savon et surtout les vêtements et les espadrilles. Son établissement se trouvait à la sortie ouest du village au bout du Couillet; on distingue encore des restes de peinture de l'enseigne murale sur la maison situé au 45 grand rue.

le boucher: Quelques indices montrent la profession de boucher de Louis Lacourt. Le 20 mai 1903, il a un Avoir1 chevreau tué. En juin 1904, il a un Reçu 2 lapins et boeuf, un chevreau et un Reçu argent pour saucisse. En août 1908, son compte devient celui d'Olivier Lacourt sur lequel est mentionné le 29 décembre 1909 Avoir 1 chèvre (la peau pour lui)  .

C'est sur son folio 347 que figure la seule annulation de crédit que j'ai rencontrée. Antoine Molins lui a fourni gracieusement un manche de scie de boucher pour la somme de un franc. Comme il avait déjà inscrit le montant dans la colonne doit, il a rajouté au dessous rabais 1,00.  

le folio d'Olivier Lacourt

Les fonctionnaires: 

l'instituteur et secrétaire de mairie: Nous l'appellerons Monsieur Canredon, comme l'on faisait à l'époque ; son prénom était Pierre. Le hasard fait que c'est lui qui ouvre le registre des comptes le 29 mai 1899. Ses achats qui portent presque uniquement sur la mercerie ne révèlent pas sa profession, qui n'est d'ailleurs pas non plus donnée en haut de page. Ils sont quand même des indicateurs d'un niveau social plus élevé que la plupart des clients; il achète des cravates, de la lustrine, de la flanelle, des boutons de nacre, des espadrilles blanches, etc..., de plus, aucun avoir en journée de travail ou en produits frais ne figure à son compte. Une seule ligne le distingue vraiment. Le 4 février 1905, il a fourni des livres à la famille Molins, sans plus de précisions. En tant que secrétaire de mairie, il rédigeait les actes d'état civil et figure donc, pendant des décennies, avec le titre d'instituteur public puis instituteur en retraite comme témoin des déclarations de naissance et de décès de toute la population.

le facteur receveur: Il apparaît dans le registre en 1907 et devait donc travailler au bureau de Poste hébergé par la famille Molins dans son immeuble de la grand rue. Son nom est Blad.

le facteur: Augustin Bonaventure était facteur au début du siècle. Sa fiche ne le mentionne pas mais cette information m'a été communiquée par la propriétaire de la maison Molins et donc du registre; il était son arrière grand-pére. S'il était en fonction avant la création du bureau de Poste, cela voudrait dire qu'il faisait tous les jours, à pied, la distribution du courrier de Latour vers Caramany, Cassagnes et Bélesta. Cela reste à vérifier. Détail amusant pour un facteur qui devait marcher beaucoup, dans le Didot-Bottin de 1894, il est répertorié comme marchand de chaussures.

le garde champêtrele garde champêtre: Sur le folio 26 intitulé La Commune,on peut lire en date du 8 juillet 1905: 1 képi commissaire de police. Rappelons que l'arrêté du 13 juillet 1902 concernant la salubrité publique se termine par la formule suivante « Le garde champêtre et tout spécialement le commissaire de ville sont chargés de l'éxécution... »7 On peut donc se poser la question de savoir s'il y avait un ou deux policiers à Caramany; mais ce n'est peut- être qu'une manière habituelle de rédiger les arrêtés. En effet, le registre des délibérations du conseil municipal fait état, en 1898, de la nomination d'un seul garde-champêtre qui se nomme Jean-François Caillens, qui est cultivateur et âgé de 59 ans. Avec son képi tout neuf et son tambour, il devait avoir fière allure ! 

Les métiers divers: 

le chevrier: Martin Caillens est clairement identifié en haut de sa page par sa profession; en juillet et août il reçoit pour la garde des chèvres 1,50 F. Ce n'est même pas le prix d'une journée homme. On ne peut pas dire que le tarif soit élevé et même en gardant le cheptel de plusieurs propriétaires, notre chevrier ne devait pas rouler sur l'or; il complète d'ailleurs son salaire par quelques rares journées à la vigne et la fourniture des fagots de bois.

le fossoyeur: C'est Etienne Fortuny qui se charge de cette tâche difficile; Antoine Molins a dû faire appel à lui en décembre 1900. Son salaire a été de six francs soit deux journées fortes.

le livreur de colis: Il s'appelle Antoine Bazian . Sa première fiche date de 1907; dès 1908 il a des avoirs pour des voyages à Ille ou des transports d'Aubin, puis , à partir de mai 1909, pour des livraisons de colis. Voici quelque exemples: Reçu port édredons 0,25 (22 novembre 1909), Reçu commission épicerie Morer 0,40 (10 janvier 1910), Reçu port d'un ballot Alart 1,00 (2 mars 1910). Il livre Antoine Molins deux à trois fois par mois.

les commissionnaires occasionnels: Antoine Molins utilisait pour la réception de ses marchandises et sûrement aussi pour l'envoi de ses fûts de vin ou de ses colis, les gares d'Ille et de Saint Paul; il en confie le transport, comme nous l'avons vu à Antoine Pujol qui fait souvent des aller-retour Caramany/Ille et Caramany/Perpignan, mais aussi à Edmond Delonca et Joseph Calvet refilat. On trouve sur les fiches d'Edmond Delonca le 11 novembre 1904 un voyage à Ille pour 2,50 F, le 28 férier 1905 une journée gare Saint Paul et le 11 septembre 1905, une journée gare Ille sur Têt. Sur celle de Joseph Calvet refilat Avoir port d'Ille 5,50 en janvier 1902. Le 3 et 4 avril 1904, il a fait deux voyages à Ille et un voyage de sable. Le 27 mai 1908, il a un reçu pour 6 francs d'un voyage à Ille avec son cheval. Il y a donc aussi paiement de l'outil de travail. 

Nombreux étaient donc les métiers représentés au village lors de ce changement de siècle. Caramany était au plus fort de sa population et ses commerces attiraient même les habitants des villages voisins. Je rappelle que cette liste n'étant établie qu'à partir du registre d'Antoine Molins, elle n'est que partielle et reste donc à compléter. Le curé, pour ne citer que lui, soit n'était pas client, soit l'était mais ne demandait jamais de crédit.

D'autres sources, les registres d'état civil ou les relevés du Didot-Bottin permettent d'apporter ces compléments; nous verrons cela dans le prochain article qui sera le dernier de cette série consacrée aux années 1900.

 Notes:

  1.  12 mai 1900 à payer à Auguste Gély
  2.  10 juin 1899 avoir journée femme Michel vaysse 1.50
  3.  8 décembre 1899 reçu 1/2 journée Marius 0.75 sur le compte de Michel Vaysse.
  4.  L'avant-veille il a été embauché pour ascler le bois 
  5.  15 juillet 1899, 5 juillet 1900, décembre 1900,17 juin 1902, 16 juillet 1903, 26 juin et 13 juillet 1904, 11juillet 1905, 13 juillet 1906, 20 juin 1907, 1er septembre1908, 2 avril 1909, 13 juillet 1910, 17 juillet 1911.
  6.  Dans les registres de l'état civil, on trouve l'orthographe Rozès.
  7.  voir l'article les années en 2 de 1892 à 1992 

Sources:

  • livre de comptes d'Antoine Molins mis gracieusement à notre disposition par madame Michèle Barbet à qui nous adressons tous nos remerciements.

 Photos:

1: La place publique au début du XXème siècle. Le cliché a été certainement tiré dans la journée, à l'heure où les hommes sont à la vigne; ce qui explique la présence de nombreuses dames. Le photographe a quand même pu rassembler quelques travailleurs. archives personnelles.

2: Monsieur Canredon, instituteur, a pris sa retraite en 1905. Il s'agit ici de monsieur Marcerou qui lui a succédé.  exposition Mémoires d'un village (2003)

3:La nouvelle place entre 1903 et 1914. On distingue nettement à droite le garde champêtre. exposition Mémoires d'un village (2003)